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Sujets sensibles et crises certaines

Grève, patrons, presse, réseaux sociaux...

cjd et tgv
un cocktail explosif.Quand deux évènements totalement déconnectés l'un de l'autre se rencontrent accidentellement, cela donne un déferlement médiatique d'anthologie.

cjd et tgv1.       Mouvement social à la SNCF, pour des motifs obscurs au commun des mortels, et peu compréhensibles pour des observateurs plus avisés. Un conflit qui n'est pas populaire, médiatisé mais sans plus, un casse tête certain pour les voyageurs, des informations déconnectées du terrain. Un exemple : le 19 juin la SNCF annonce 2 TGV sur 3 sur la ligne Bordeaux Paris, or à Angoulême 2 TGV circulent seulement celui de 8h 30 et 17 h30 pour Paris. (évidemment il n'y a pas que 3 par jour sur la ligne...). La « réalité terrain » prime et les voyageurs sont dans la galère.

 http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/06/13/mais-au-fait-pourquoi-la-sncf-fait-greve_4437758_4355770.html

2.       Le Centre des Jeunes Dirigeants, organise son congrès national qui a lieu tous les 2 ans et rassemble plus de 4500 de jeunes dirigeants et cadres dirigeants soucieux de rendre leur entreprise à la fois plus humaine et plus compétitive. Mouvement indépendant, dont l'ADN est l'expérimentation constante et la formation,  le CJD a toujours alimenté les réflexions et influencé les décisions économiques, politiques et sociales en France depuis sa création en 1938. Je peux  raisonnablement en parler puisque j'ai été jeune dirigeant impliquée pendant plusieurs années et ai participé à cette belle aventure collective. Je vous conseille de vous rendre sur le site pour juger par vous même. www.jeunesdirigeants.fr

3.       Le 19 juin, les « JD » aquitains qui avaient évidemment préparé le déplacement depuis des mois, se trouvent bloqués en gare de Bordeaux, comme d'autres passagers bien évidemment, leur TGV étant annulé. Ils acceptent de prendre un TGV dans lequel ils n'ont pas de places réservés, (et pour cause) et se regroupent pour faire le voyage. Les JD étant plutôt d'un naturel optimiste et ayant pu partir même si les conditions de voyage ne sont pas extraordinaires, ils donnent dans la bonne humeur, plutôt que dans le rabat-joie. L'esprit festif du Sud Ouest toujours présent, la voiture bar en profite largement. On connaît la suite, arrêt du TGV en gare de Saint Pierre des Corps, une compagnie de policiers en tenue de maintien de l'ordre sur le quai, et... la presse locale en l'occurrence la Nouvelle République du Centre Ouest publie un premier article au titre ravageur assorti d'une photo des policiers sur le quai.

4.       C'est le début du buzz, un sujet en or pour la presse «120 patrons ivres » excusez du peu. Le titre lui-même surfe habilement sur un compte twitter qui fait le buzz, @ivre.fr

5.       Les autres médias s'en emparent aussitôt, print et on line, les réseaux sociaux, et les commentaires de blogs sont assassins.

6.       Dans un premier temps, le CJD, en congrès national choisit de ne pas répondre, puis publie un communiqué factuel remettant les évènements dans leur contexte, photo à l'appui. « ...Comme la SNCF l'a stipulé dans un communiqué, AUCUNE dégradation n'a été commise. Aucun acte malveillant, aucune parole déplacée, donc aucun incident en soi. La décision de faire intervenir les forces de l'ordre apparaît difficile à comprendre. Nous regrettons cet incident ainsi que la gêne occasionnée aux voyageurs. Nous notons aussi que les forces de l'ordre se sont elles-mêmes posées la question du pourquoi de cette intervention tant le climat et l'état d'esprit étaient bon enfant.Plus efficace que des mots nous vous invitons à jeter un œil à la photo, bonne illustration de nos propos... » extrait du communiqué de presse du CJD

7.       Certains médias reprennent le sujet, photo des policiers et des jeunes dirigeants, mais le mal est fait.

8 Pourquoi est ce un sujet en or ?

Le « patronat » et les grévistes, qui plus est des « patrons irresponsables » qui perturbent la tranquillité des voyageurs, c'est ce qu'on appelle un bon sujet qui va se vendre tout seul. On défocalise l'attention (grève SNCF) pour la porter sur un sujet qui peut se prêter à toutes les outrances verbales sur le net, tous les jugements péremptoires. Le « story telling » initial des média s'y prête aisément.

On peut noter d'ailleurs le décalage iconographique existant entre les photos prises par la NR, des policiers en tenue de maintien de l'ordre mais seuls sur le quai, et celles prises par les jeunes dirigeants, dont on peut supposer que les forces de l'ordre n'ont pas été obligées de poser...

Bref une autre manière de parler des conséquences d'une grève peu populaire en déplaçant le curseur, de proposer une histoire bien clivante,  stigmatisant une catégorie de personnes déjà largement malmenée dans les médias à longueur d'année, propre à susciter des réactions épidermiques et à occuper la toile.

Peut être les JD d'Aquitaine auraient ils du embarquer Serge le lama de Bordeaux pour bénéficier d'un énorme buzz de sympathie...

En réalité l'actualité du CJD, les 19 20 et 21 juin portait sur le congrès s'est tenu à Lille, un congrès de travail, de propositions, d'imagination sur une thématique porteuse de sens : l'audace et la confiance au service de l'entreprise infinie, un sujet qui bizarrement passionne beaucoup moins les médias.

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