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Sujets sensibles et crises certaines

Les ZAD condamnent elles les projets industriels ?

activité extractive
La culture du risque Zéro et du principe de précaution, le pessimisme ambiant des français, leur relative frilosité vis-à-vis des nouvelles technologies concourent à une posture de méfiance quasi systématique vis à vis de tout projet industriel avant même, bien souvent, que des études puissent démontrer un quelconque danger.

Expliquer ce rejet  par le syndrome NIMBY (not in my backyard, ou pas chez moi) est  aujourd'hui largement dépassé. Il ne s'agit plus seulement du ressenti d'une atteinte réelle ou supposée à son espace vital mais d'un phénomène de méfiance globale à l'intersection de  3 sphères : celle du politique, de la sociologie, et de l'économie. 

L'émergence des ZAD en est l'exemple le plus symbolique : que ce soit pour le projet d'aéroport de Notre Dame des Landes près de Nantes, du barrage de Sivens dans le Tarn, pour ne citer que ceux-ci,  ces deux dossiers ultra sensibles, relèvent, médiatiquement parlant, tout à la fois de clivages politiques et d'un conflit de choix de société. L'entreprise qui doit réaliser est à ce stade en retrait et peu visible. Elle est pourtant au cœur du sujet puisque des procédures administratives, des études, ont été lancées, et représentent un investissement à ce jour considérable tant humain que financier.

Le poids de la puissance politique

Avant même que les services de l'Etat ne s'inscrivent dans le dossier au niveau des procédures légales obligatoires (enquête publique, étude des dossiers de demandes d'autorisation,  passage en commission préfectorale, permis de construire, etc...) ce sont les élus locaux qui sont favorables ou non au projet présenté : source de revenus fonciers, de promesses d'emploi dans un bassin en souffrance, de développement économique, ou à contrario, opposition affirmée pour des raisons environnementales, ou liée à la sensibilité de leur électorat, ils « colorent » le projet dès le départ.

Des oppositions politiques liées à la vie locale peuvent servir de catalyseur d'adhésion ou d'hostilité. Les années d'élections sont à ce titre, souvent plus dangereuses que profitables au démarrage d'un projet dans les meilleures conditions possibles d'acceptabilité.

Lorsque la puissance médiatique s'empare d'un dossier déjà en difficulté, force est de constater que le niveau national prend alors le pas sur le local, contredisant ou appuyant les élus de terrain, les réduisant à un rôle délicat. A cet égard le Conseil Général du Tarn en a lourdement fait les frais. (1) (2) Lorsque le dossier devient très tendu, un certain effritement dans la cohésion initiale se fait peu à peu jour, ce qui se passe actuellement dans le dossier Center Park de Roybon. Lire l'excellente analyse d'Olivier Cimelière à ce sujet (3)

A cet égard, les grands dossiers d'infrastructures sont souvent des dossiers politiques avant de devenir des dossiers économiques : Lignes LGV, autoroutes, aéroports,  incinérateurs et process de gestion de déchets, procédés extractifs (granulats, gaz de schiste...) fermes solaires et parcs d'éoliennes...

 

Le contexte sociologique

La confiance perdue dans la puissance publique ne date pas d'hier. Depuis les années 80 et les grands dossiers qui ont éclaté avec force émotion parce qu'ils touchaient la santé publique (vache folle, sang contaminé, Tchernobyl...), les crises se succèdent dans quel que soit le domaine concerné comme si aucune leçon n'était tirée du passé : scandale du Médiator, des prothèses PIP, affaire Spanghero... Des accidents industriels majeurs AZF, marées noires...  Des catastrophes climatiques dont celle de Xynthia dans le Sud Ouest, dont le procès concernant  la dramatique disparition de  29 personnes noyées dans leurs maisons situées sous la digue à La Faute Sur Mer vient de s'achever.

Ainsi une double peur ancestrale, celle du scientifique apprenti sorcier,  et celle de la nature blessée par l'homme reprenant brutalement ses droits, est devenue plus prégnante. Le sociologue Ulrich Beck considère que nous vivons dans une société de la peur, ancrée dans la société du risque.

La peur, émotion forte, s'auto entretient et se développe de manière virale. Or, le doute, la défiance, la peur ont trouvé des possibilités exponentielles de développement grâce aux réseaux sociaux : propagation d'informations vraies mais également de rumeurs, interprétations alarmistes, pas de source identifiée ou vérifiable, cette formidable caisse de résonnance est aujourd'hui un élément incontournable et redoutable dans l'amplification ou non  d'une crise. Les médias ont leur part également dans cet entretien d'un pessimisme au quotidien. Pour certains sociologues, la défiance serait une caractéristique nationale plus marquée que nos voisins européens : nous vivons dans une société construite sur le doute, la défiance, le pessimisme. (4) Un sentiment corroboré par l'enquête annuelle Ipsos-Steria pour Le Monde, France Inter, la Fondation Jean Jaurès et le Cevipof, en janvier dernier. (5)

Dans ce climat, les choix de société sont souvent des instruments de clivage plutôt que de débat. L'existence des ZAD est à ce titre particulièrement frappant. Vouloir résumer les participants à une frange ultra politisée, ne permet pas de comprendre au plus près ce qui se passe. Entre des individualités radicalisées, et d'autres tentant de trouver plus ou moins consciemment un autre modèle de société, la communauté zadiste est certainement très disparate et traversée par des visions différentes de la société. Ils trouvent leur point d'ancrage plus physique qu'idéologique sur un espace géographique local de mobilisation. C'est ce qui est nouveau, par rapport aux grandes manifestations alter mondialistes des années précédentes. Le refus catégorique des activités extractives  et/ou de la modification du paysage à grande échelle  dans un espace local identifié, sont deux éléments communs aux ZAD. (6)

Ce doit donc être un enjeu de compréhension pour les porteurs de projet avant d'être un sujet de rejet global.

 

Le rôle et la place de l'entreprise porteuse de projet

Les entreprises qui portent un projet de développement font donc face à un affaiblissement de la parole du politique et à une société civile plus informée, plus structurée en proie à une certaine défiance à priori. Dans le même temps elles sont tenues pour responsables de leurs impacts sociaux et environnementaux.  Faire abstraction de ces réalités, en considérant que le projet est utile à tous en termes notamment d'emplois et de développement économique est souvent la source d'un malentendu qui conduit à un échec. Considérer également qu'il s'agit d'une contestation écologique ou bien d'un regroupement d'une minorité d'intérêts particuliers habillé en « collectif de défense... » relève également d'une lecture trop simpliste de la situation.

Beaucoup d'entreprises industrielles ont intégré ce paradoxe apparent : « vendre » le projet en démontrant l'apport d'emplois et donc de ressources pour l'environnement socio-économique local dans lequel il s'insère n'est plus une condition d'acceptation sans réserve, même s'il vient conforter les équilibres du territoire.  Quand bien même il s'agit d'une réalité objective et raisonnablement incontestable, cet argument ne suffit plus.

Or la communication s'appuie souvent sur cet aspect, dernier témoignage d'actualité, l'infographie de Center Parcs sur son nouveau projet dévoilé dans le Lot et Garonne. (source in Sud Ouest 17 décembre 2014)

http://www.sudouest.fr/images/2014/12/17/cliquer-sur-l-image-pour-l-agrandir_2287985.png 

infographie Sud Ouest Center Park Lot et Garonne

 

 

Un projet, si bénéfique soit-il pour un territoire ne doit plus se résumer en chiffres, ou du moins sa communication.

 r unLes opposants ou les indécis peuvent l'interpréter comme une stigmatisation de leur avis, ce qui déclenche l'entrée en guerre de communication et d'interpellation de l'opinion publique, qui dans la majorité des cas devient défavorable au projet. La position des élus peut basculer à ce moment, pris dans l'étau entre l'entreprise et.... leurs électeurs.

L'importance du local, la connaissance extrêmement fine du territoire, tant dans son histoire que sa géographie est donc capitale.

Tout projet est donc voué à l'échec ? Fort heureusement non, mais la manière d'aborder le montage du dossier, sa présentation, son intégration dans un territoire est un travail de longue haleine.

 C'est aussi et surtout l'acceptation d'un changement de positionnement stratégie : ne plus être dans la recherche de l'acceptation par conviction d'avoir raison, mais par le dialogue et la compréhension mutuelle de ses fameuses parties prenantes à géométrie variable. Plus qu'une posture, c'est un véritable travail d'instauration de la confiance auquel les entreprises doivent se consacrer. (7)

Le Social License to Operate est devenu aussi indispensable que l'arrêté préfectoral d'autorisation et le permis de construire.

A suivre Les enjeux  et le rôle de la communication d'acceptabilité authentique 2/2

(1)   http://www.sudouest.fr/2014/11/05/barrage-de-sivens-un-episode-humiliant-pour-les-elus-du-tarn-1727238-706.php

(2)   http://www.sudouest.fr/2014/11/26/barrage-de-sivens-bruxelles-ouvre-une-procedure-contre-la-france-1748898-706.php

(3)   http://www.leblogducommunicant2-0.com/2014/12/12/projet-center-parcs-a-roybon-la-communication-de-crise-est-elle-encore-inevitable-pour-pierre-vacances/

(4)   http://www.atlantico.fr/decryptage/france-europe-perte-confiance-citoyens-dans-representants-t-elle-atteint-point-non-retour-nouvel-optimisme-volonte-jean-luc-1588023.html#brZ4xWJkupJ5lF2j.99

(5)   http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/21/une-societe-francaise-defiante-et-repliee-sur-elle-meme_4351396_3224.html#B6hQXpm8RtHfmyb4.99

(6)   http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2014/12/14/des-zad-mais-pour-quoi-faire_4540277_4497186.html#bhSkbhMBb0GrfdcL.99

(7)   http://www.dailymotion.com/video/x20zq1d_et-la-confiance-bordel-des-propositions-pour-en-finir-avec-la-societe-de-defiance_news

 

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